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Digest de la presse algérienne sur les questions de l'archéologie, de l'histoire, de l'environnement et de l'écologie...


Icosium, Alger, Al Djazaïr...
Des Pays, des Cités & des Noms

Toponymie

Icosium, Alger, Al Djazaïr...

in El Watan du Samedi 13 août 2011



La toponymie, une science utile

Dans cette contribution, j’évoquerai surtout le problème de l’interprétation des toponymes, notamment celui d’Alger qui a donné à une polémique. Rappelons d’abord que la toponymie est une discipline qui relève à la fois de la linguistique, puisqu’un nom de lieu est avant tout un mot, mais aussi de 1’histoire, de la sociologie, de la politique même car ce nom plonge ses racines dans l’histoire qu’il réfère à des attitudes sociales et qu’il peut être l’enjeu de choix politiques.

L’approche linguistique des toponymes consiste à analyser leurs formes, leurs significations et à retracer leur évolution phonétique et sémantique. Les philologues du XIXe siècle ont donné son impulsion à la discipline : dans la description des états antérieurs de la langue, le nom de lieu qui relève souvent de formes anciennes est un témoignage de l’évolution. Quand le nom appartient à une autre langue que celle que l’on parle dans le lieu dénommé, il est le témoignage de langues disparues. C’est particulièrement le cas en Algérie et au Maghreb de la langue berbère disparue, parfois depuis longtemps, de certaines régions, mais qui subsiste dans la toponymie. C’est le cas aussi des toponymes puniques et, dans une moindre mesure romains, souvent transformés, mais encore identifiables.

Dès la seconde moitié du XIXe siècle, un pays comme la France a commencé à produire des dictionnaires topographiques, notamment des répertoires départementaux où figurent les noms de lieux ainsi que leurs formes évolutives. Un cours de toponymie, confié à Auguste Longnon, est institué au Collège de France : c’est dire l’importance de l’entrepris. Le dialectologue Albert Dauzat devait, quelques années après, donner une base théorique à la discipline, en fondant la Revue Internationale d’Onomastique puis, en organisant, en 1938, le premier congrès international des sciences onomastiques. Aujourd’hui, l’onomastique est enseignée dans un grand nombre de pays. Il est regrettable que l’université algérienne n’ait pas institué un tel enseignement dont l’utilité n’est plus aujourd’hui à démontrer.

En effet, les toponymes fournissent des points de repère pour localiser des lieux et les mémoriser. Si certains noms semblent être essentiellement des noms propres et ne s’emploient que pour désigner des lieux, l’écrasante majorité des autres recourent au vocabulaire usuel pour désigner ces lieux, en nommant les caractéristiques qu’on leur attribue, caractéristiques relatives à la forme géographique, à la végétation, à la faune, à la couleur... Parfois, l’information porte sur les populations qui y habitent ou y ont habité : tribu, clan, fraction de clan, parfois encore, c’est un saint qui donne son nom au lieu. C’est autant de renseignements pour le géographe, le géologue, le botaniste, le zoologue, l’historien, l’ethnologue... Quand on lit dans la presse que «la Kabylie a soif» (El Watan du 26 août 2006) et que parmi les villages connaissant une sévère pénurie, il y a Tigoulmimin, il suffit de se retourner vers la toponymie pour apprendre qu’il n’en a pas toujours été ainsi, puisque tigulmimin signifie «bassin d’eau naturel». La toponymie, à elle seule, permet d’énumérer les différents types de réserves d’eau disponibles sur le territoire national : puits (l’bir, anu, tirset), source (aïn, tala, aghbalou, l’insar), oued, fleuve (nahr, wad, asif), ruisseau (ighzer), bassin naturel, lac d’eau salée (sebkha) etc, c’est toute la carte hydrologique de l’Algérie qu’on peut constituer ! La toponymie vient apporter aussi son témoignage quand il s’agit de reconstituer la faune ou la flore antiques : l’éléphant, disparu à la fin de la période romaine, est présent dans Aïn Talut, localité de la région de Tlemcen, l’ours de l’Atlas, dont l’existence aux temps historiques est remise en cause par les spécialistes, est évoqué par des toponymes comme Aïn Dob.... Combien de végétaux, d’essences aujourd’hui disparus ou en voie de disparition, subsistent comme des vestiges, hélas fossilisés, dans la toponymie.

Ainsi, le toponyme est un «objet» linguistique mais c’est un objet figé dans un contexte linguistique soumis à l’évolution. Son étude permet donc de remonter aux formes les plus anciennes de la langue, de déterminer les transformations que celle-ci a pu subir au plan phonétique ou morphologique. Dans le cas du berbère, c’est même, en l’absence de textes, le moyen qui donne le mieux accès à la langue antique, notamment à son vocabulaire ; d’ailleurs, au colloque d’Oran, notre intervention a porté sur l’onomastique libyque et ses rapports avec le vocabulaire berbère actuel. Cette approche nous a permis d’enrichir d’une centaine de mots le vocabulaire libyque dont on n’identifiait jusque-là qu’une vingtaine de mots. Il est vrai que la méthode qui consiste à poser les étymologies en établissant des rapports entre les formes anciennes et modernes peut manquer de rigueur, mais dans l’état actuel de la recherche, c’est la seule qui permette d’éclairer quelque peu le sens des mots libyques.

Forme des toponymes

Les toponymes algériens sont pour la plupart des noms communs (à l’exception de quelques noms propres, figés en noms de lieux). Si beaucoup de noms conservent les formes qu’ils ont habituellement en berbère ou en arabe (Larba Nat Iratenl ou Khmis El Khechna), s’ils sont soumis aux règles morphologiques de ces langues (dérivation par affixation, composition, féminin, pluriel), d’autres présentent des figements qui témoignent d’une évolution. C’est le cas de nombreux toponymes berbères en régions arabophones, où l’étymon berbère est transformé parfois de façon profonde : ainsi Fourchi, que nous pensons issu de afurk, afurc «branche, par ext. arbre» ou Zghara, quartier des hauteurs d’Alger, que nous rapportons à azaghar «plaine». Mais cette déformation des toponymes berbères, même dans les régions d’ancienne arabisation, ne se produit pas, comme on pourrait le croire, fatalement : de nombreux toponymes sont conservés tels quels, du moins dans l’usage oral : ainsi Oran, prononcé wahran, pluriel de aher «lion» ou Aflou, aflu «hauteur...»
Des toponymes arabes, introduits en milieu berbérophones, conservent également leur forme d’origine : ainsi, en Kabylie Aïn El Hammam, littéralement «source chaude», Draâ El Mizan, «la colline (en forme) de balance» etc. Dans l’ensemble, les transformations sont minimes et l’étymon est aisément identifiable : en berbère, ce sera souvent la chute de la voyelle initiale, -a au masculin, t- au féminin : Madagh (nom de forêt dans la région de Béjaïa, nom de plage dans l’ouest), de amadagh «maquis» ou Annaba, de «annab» jujubier. Mais certaines transformations sont si importantes qu’elles peuvent voiler l’identité du mot et donner libre cours aux étymologies populaires. Ainsi, Bordj Menaïel que l’on a pris l’habitude d’expliquer par l’arabe bordj oum Naïl, le «Fort de la mère Naïl», est en fait composé de l’arabe bordj, forteresse, et du berbère imnayen, cavaliers, autrement dit : fort des cavaliers, relais, ce que la ville était effectivement durant la période ottomane. La colonisation française, qui a bouleversé l’onomastique algérienne, a aussi déformé un certain nombre de toponymes arabo-berbères : ainsi Staouali, à l’est d’Alger, vient de stah al wali, «terrasse, maison du saint», Télémly, quartier d’Alger, que beaucoup prennent pour un nom français et qui a été par conséquent débaptisé, se lit, en réalité, tala melli, en berbère, «source de l’argile blanche», ou tala umalu, «source du versant ombragé», Relizane vient de ighil yezzan et signifie «la colline brûlée» etc. Il n’y a avait pas seulement, à la base de ces déformations, une volonté de franciser les noms : le système de transcription utilisé était également défectueux, ce qui a favorisé les errements.

Signification des toponymes

L’établissement des étymologies est l’un des plus grands problèmes pour qui se penche sur la toponymie algérienne. Certes, un grand nombre de noms s’expliquent aisément par le vocabulaire berbère ou arabes actuel. Pour le berbère, par exemples : az ‘ru, «rocher» (Tazrout, à Béjaïa), anu, pl. unan «puits» (Bouinan, Tizi Ouzou, Tounan, commune de Tlemcen), tabegf1a, «ronces» (Qsar Baghaï, dans les Aurès), siwan «milan, buse» (Siouane, localité de Skikda), uccen, fém. tuccent, temuccent, chacal» (Aïn Témouchent), aher, fém. tahert, «lion» (Tiaret), zger «passer», passer à gué une rivière (Oued Zeguerre, localité de Skikda, azzel, courir, couler en parlant d’un cours d’eau (Aïn Azel, la Source qui Court, dans la région de Sétif), agrur, dim. tagrurt, «enclos en pierres sèches» (forêt de Tagrara, à Hammam Righa), benew, «être de couleur bleu bluet» (touareg) (Tobna, peut-être Tafna), amellal «blanc» (Mlila, Aïn M’lila), ager, ajer «être supérieur, être élevé, dominer» (Gouraya, Toudja), amuqran, muqqaren «être grand» (Tamoqra, Magharine, non loin de Touggourt), amizur «gros, épais» (Oued Amizour, Béjaïa), azeggagh, «rouge» (Tacheta Zegougha, Arbre rouge, village dans la wilaya de Aïn Defla) ... Pour l’arabe, bat’h’a, «terrain plat, plateau, terrasse» (Batha), blata, «pierre ronde et plate» (Tablat), kaf, rocher, rocher surplombant, (Bordj El Kiffan)... wad «rivière, fleuve» (El Oued), ayn, «source», sebkhaâ (sebkha), marja «marécage», ras «tête, sommet» (Ras ElAyoun, Batna) ; draâ «bras, colline» (Draâ El Mizan, Kabylie), bate «ventre» (Djebel Baten, au sud-ouest du massif du Hodna), sekran «jusquiame» (Bensekrane, Tlemcen), risha «treille, vigne» (El Aricha, commune de Tlemcen), berwaq, «asphodèle» (Berrouaghia)... jarbu «gerboise (Oum Djrabie, la mère des gerboises», commune de la région de Boualem), el âarwi, fém. âarwiya, mouflon (Khnegt al âarwiya, le Défilé du mouflon femelle, mont des Ksours), azarzur, étourneau (Oued Zarzour, Biskra), n’âama, autruche (Bordj Bounaâma), Blida, petite ville, hameau (Blida), dwar, diminutif, dwira, «cercle formé par un ensemble de tentes» (Douéra), mechta, «campement d’hiver, chaumière» (Mechta Al Arbi)... debdab, «résonner», au Sahara, terrain sec et dur (Debdeb) maâmura, «être habitée» (Maâmoura, à Saïda) ... Cependant, un grand nombre de noms qui ne relèvent pas de ces vocabulaires font problème.

Là ou le linguiste hésite, les usagers donnent volontiers des interprétations (ce sont les fameuses étymologies populaires) mais ces interprétations sont souvent fausses, parce que essentiellement basées sur des rapprochements phonétiques entre les mots : ainsi Cap Matifou, «lieu où est mort un certain Ifou», mat ifu, en arabe, Zenina, aujourd’hui El Idrissia, dans la région de Djelfa, reine berbère, et cette étymologie farfelue de Constantine (en arabe Qasantina), que l’on retrouve dans le Kitâb al Adouani, décomposé en qser-tina «Château de la reine Tina» ou qser-tina, «le Château du figuier» ou encore qser-tin «le château d’argile» !
Et même les explications les plus savantes peuvent être également erronées à cause de l’analogie : ainsi, le nom de Tixeraïne, localité à l’ouest d’Alger, ne signifie pas, comme on le croit «les deux Châteaux», de l’arabe qasrayn), mais du berbère tighesrit, pierre plate servant de lavoir, mot que l’on retrouve en zénatia du Gourara, tighesrit, peigne pour la distribution de l’eau. Des noms propres sont attribués à de nombreuses villes, villages, quartiers, cours et points d’eau, montagnes. Il s’agit pour la plupart de noms de saints (hagionymes). A l’exception de Sidi Youcha qui porte un nom israélite, Josué, et de quelques lieux secondaires, comme Bicente, à Mostaganem (Vicente), un prêtre espagnol, tous les saints sont musulmans. Certains lieux portent directement le nom du saint : Sidi Ferredj, Sidi Baloua, Sidi Hosni ... D’autres sont évoqués seulement. Ainsi : Chorfa N’Bahloul, village au sud-est de Azazga, qui porte le nom de Sidi Assem ben Bahloul et de ses fils, des chorfa (caste religieuse) du XV et XVIe siècles. Enfin, d’autres saints sont évoqués seulement par leur sobriquet : ainsi Boutelelis, à une quarantaine de kilomètres d’Oran, avant d’arriver à Misserghin, est le surnom d’un saint local, Sidi Ali, qui aurait vécu au XIVe siècle. Selon la légende, des soldats de l’armée mérinide, qui avaient envahi les Etats du prince Abdelwadide Abou Tachfine, rançonnaient les habitants. Sidi Ali apporte un petit sac -tlelis, diminutif de tellis- et le chef mérénide, Abou El Hassan Ali, le tance violemment : le sac ne suffira même pas à fournir la nourriture d’un seul homme. C’est alors que le saint secoue son sac et il en sort de quoi nourrir une armée ! Ce prodige voudra à Sidi Ali le surnom de bou-tlelis «l’homme au petit sac». Des souverains ont également fourni, dans le passé, leur nom à des villes qu’il avaient fondées ou pris comme capitale, ainsi Al Mansour pour Al Mansouria, ou al Naçir pour Naciria (aujourd’hui Béjaïa).

Fort de cette tradition, on a voulu voir dans le nom d’Alger, prononcé dialectalement z’ayer, une déformation de Ziri, soit Bologguin Ibn Ziri : cette étymologie, que l’on retrouve dans plusieurs sites Internet, et qui a été défendue récemment au colloque d’Oran, est en réalité erronée. C’est ce que nous allons essayer de démontrer en nous basant sur l’étymologie mais aussi l’histoire.

Alger, une histoire plusieurs fois millénaire
La casbah d'Alger

Alger est certainement l’une des plus vieilles cités d’Algérie, voire du Maghreb et du bassin méditerranéen. Le site de la ville actuelle ainsi que ses environs ont révélé des vestiges d’occupation humaine remontant à la préhistoire. On citera en exemple le site dit des Allobroges, dans l’actuel quartier de Hydra, où on a exhumé, en 1961, lors de la construction de la cité portant le même nom (aujourd’hui cité Malki), tout un gisement, renfermant des restes d’animaux, dont une race de chevaux disparus, l’ equus algericus, ainsi que des outils, appartenant à la période atérienne (paléolithique inférieur). Des vestiges encore plus anciens ont été retrouvés, dans le Sahel, comme le biface exhumé dans les environs de Mahelma. Les vestiges du néolithiques sont encore plus nombreux, avec notamment le gisement de la Grotte du grand rocher de Aïn Bénian, fouillé dès 1869 et qui a fourni des os d’animaux et des restes humains, ainsi que des instruments : des haches polies, un polissoir ainsi que des poteries. Alger est également connue pour ses dolmens, comme ceux de Beni Messous, qui est également l’une des plus importante nécropoles de la côte algéroise : on y a retrouvé un important matériel funéraire, dont de nombreuses céramiques et des anneaux de bronze. Une sépulture, de cette période, portant une inscription en caractères libyques, a été retrouvée en 1867 près d’Ouled Fayet.

Le nom antique : Ikosim, Icosium

Le premier nom que les écrivains antiques nous ont transmis d’Alger est Ikosim. Ces écrivains font remonter la fondation d’Alger aux temps mythique. Au IIIe siècle de l’ère chrétienne, le grammairien Caïus Julius Solinus se fait l’écho d’une légende qui devait être courante à son époque : «(durant son périple en Méditerranée) Hercule passant à cet endroit fut abandonné par vingt hommes de sa suite qui y choisirent l’emplacement d’une ville dont ils élevèrent les murailles et, afin que nul d’entre eux ne pût se glorifier d’avoir imposé son nom particulier à la nouvelle cité, ils donnèrent à celle-ci une désignation qui rappelait le nombre de ses fondateur» (Polihytor, 25). En fait, cette légende n’a pour but que d’expliquer le nom de la ville à l’époque romaine, Icosium, qui viendrait donc du grec : eikosi «vingt». D’autres légendes existent sur les origines d’Alger, celle que Marmol donne lui a été sans doute racontée par un autochtone : Alger aurait occupé les ruines d’une ville antique appelée Sassa, qui existait longtemps avant l’arrivée des Romains. Cette ville se trouve sur les bords de l’oued El Harrach. Elle était habité par une population berbère appelée Mosgan. On aurait reconnu dans les Mosgan, les Mezeghna, tribu berbère qui peuplait Alger (cf. Berbruger, archéologie des environs d’Icosium).

Dans les derniers siècles du second millénaire avant JC, les Phéniciens, puis les Carthaginois, dans leur expansion sur la rive sud de la Méditerranée, ont fondé des comptoirs tout au long du littoral algérien : Skikda, Dellys, Cap Matifou, Tipaza, bien d’autres et Alger, comptoirs distants les uns des autres de 25 à 45 km, qui représente la distance que parcourt, en une journée, un navire. L’Alger phénicien n’est pas forcément, comme on a tendance à le croire, une création : les vestiges antérieurs à l’époque phénicienne montrent que la région a été, dès la préhistoire, une zone de peuplement. Les vestiges de l’époque phénicienne ne sont pas nombreux mais ils sont suffisants pour établir avec certitude l’existence du comptoir punique et de son nom.
En plus de la stèle retrouvée rue du Vieux Palais et du sarcophage découvert dans le jardin de Prague (ex-Marengo), il y a les pièces de monnaie puniques exhumées dans le quartier de la Marine en 1940 et représentant, au revers, un personnage qu’on a identifié au dieu Melqart (l’Hercule des Grecs) avec une légende en caractères phéniciens: Ikosim. Le nom n’est donc ni latin ni grec et Jean Cantineau a montré qu’il est composé de deux termes : l’élément î figurant dans de nombreux toponymes méditerranéens : ibiza, 1gi1gil (Jijel), qui signifie «île» et un second, Kosim, qui pourrait signifier soit «épines» soit «oiseaux impurs», sans doute les hiboux (J. Cantineau et L. Leschi, 1941). D’autres pièces, portant également le nom d’Ikosim ont été retrouvées en 1952, lors des travaux de terrassement du bâtiment du Trésor, place du 1er Novembre. A partir de 25 avant JC, la ville est intégrée dans le royaume de Maurétanie, à la tête duquel Rome a placé un roi vassal, Juba II, auquel succède, son fils, Ptolémée. Mais celui-ci est assassiné à Lyon par l’empereur romain Caligula et la Maurétanie est annexée, Ikosim, dont le nom a été sans doute latinisé sous Juba II en Icosium, devient romaine. La ville devait prendre de l’extension mais on pense que sa superficie était à peu près la même que celle de la ville, au temps des Turcs. Quand les musulmans arriveront, la ville était en ruine, sans doute, à la suite des conflits religieux, qui déchiraient l’Eglise d’Afrique, et des révoltes. En tout cas, on ne parlera plus de la ville, jusqu’à la fin du IX e siècle.

Le nom Al Djaza’ir

C’est le prince ziride, Bologgin Ibn Ziri, qui va donner, à la fin du Xe siècle, sa chance à Alger, en fondant, sur l’ancien site, une ville nouvelle. Bologgin disposait déjà d’une capitale, Achir, dans le massif du Titteri, mais sans doute voulait-il, pour son royaume, un débouché sur la mer. Le nom d’Al Djaza’ir apparaît pour la première fois, à cette époque, dans les écrits arabes à la fin du Xe siècle de l’ère chrétienne. C’est, à notre connaissance, Ibn Hawqel qui en parle le premier dans son ouvrage, S’urat al Ardh, La face de la Terre, composée sans doute en 967. Voilà ce qu’il écrit : «El Djaza’ir Banu Mezghana est une ville entourée de murailles, au bord de la mer. Elle possède de nombreux marchés. Elle possède aussi des sources qui fournissent une eau potable très bonne. Elle est entourée d’une grande campagne et de montagnes où vivent des Berbères en grand nombre. Elle produit du miel, du beurre, des figues qu’on exporte à Kairouan et ailleurs. La ville possède, à une portée de flèche, une île, qui assure sa sécurité: les gens accourent, dès que l’ennemi s’approche des côtes et le repoussent» (Edition de Beyrouth, 1992, c’est nous qui traduisons). Ibn Halqaw aurait visité la ville deux fois, peut-être même avant que Bologgin ne la reconstruise... si tel était le cas, la ville s’était relevée de ses ruines et était même prospère. Un siècle plus tard, c’est un autre géographe, Abu Ubayd al Bekri, qui citera, à son tour Alger, sous ce nom, dans son ouvrage, Al Masâlik wa al-Mamâlik, Itinéraires et royaumes. La ville gardait encore des traces de son passé antique. «Cette ville est grande et de construction antique, elle renferme des monuments anciens et des voûtes solidement bâties qui démontrent par leur grandeur qu’à une époque reculée, elle avait été la capitale d’un empire»...

On y remarque un théâtre dont l’intérieur est pavé de petites pierres de diverses couleurs qui forment une espèce de mosaïque. La ville possédait une vaste église dont il ne reste qu’une muraille enforme d’abside se dirigeant de l’est à l’ouest». Il n’y a pas de doute que le nom de la ville provient de l’île citée par Ibn Hawqel ou plutôt des îlots qui se trouvent au large de la ville et qui ont été, sous les Turcs, reliées à la terre. Or, selon une hypothèse récente, à laquelle nous avons fait allusion, au début de ce texte, Djaza’ir ne provient de djaza’ir, mais du nom de son fondateur Ziri. Cette étymologie s’appuie sur deux arguments :
-L’arabe dialectal et le berbère qui nomme Alger Zayer, et son habitant ziri, rapproché de Ziri ;
-le fait que le pluriel de île, en arabe, est djuzûr et non djaza ‘îr. Or, si Alger a réellement porté le nom de Ziri, elle aurait pris, dans les textes arabes, le nom arabisé du personnage, à l’exemple de Mansoura, ou de al-Naciria (Béjaïa)... Et puis, les textes n’auraient pas manqué de dire que la ville porte le nom de son fondateur, comme on le fait, par exemple, pour Mansoura ou al-Naciria. Quand au pluriel de djazira, djaza’ir est bien attesté. Si, dans la langue actuelle, on préfère utiliser djuzûr, dans la langue classique, c’était djaza ‘ir qui prédominait. Le grand dictionnaire arabe-français de Kazimirski, établi, au XIXe siècle, à partir des grands dictionnaires de l’arabe classique, le donne même comme pluriel unique de djazira (tome 1, p. 288). Mieux, le célèbre arabisant donne des exemples où le mot désigne, en arabe classique, des îles, en dehors d’Alger : ainsi, les géographes désignaient sous le nom de Djaza ‘ir ql-Khâlidât, les îles éternelles, autrement dit, les Iles Fortunées ou Canaries. D’ailleurs, dans le vocabulaire géographique arabe, le terme «djaza ‘ir» désignait des territoires maritimes, et celui de notre ville était le territoire de la tribu berbère des Banu Mezghena.

Le souvenir de cette tribu est resté vivace dans la mémoire des Algérois qui appellent encore, dans les vieux chants, la ville Mezghana. Et des chanteurs comme En Anka, Guerouabi et Meskoud l’ont repris. Mais revenons au mot djaza‘ir. Les dictionnaires modernes donnent aussi le pluriel djaza’ir : c’est le cas du Mundjid, qui donne à djazira trois pluriel : djaza ‘îr, djuzur, et djuzr (al Mundjid, éd, 1986, p.89). Le nom français d’Alger est attesté dès le XVe siècle sous la forme Alger, prononcé Aljere. Il dérive, lui aussi, d’al Djaza’ir. Sous l’influence de la graphie, le mot finit par prendre la vocalisation qu’il a aujourd’hui. Le mot Algérie s’est formé après 1830, d’abord pour désigner la province d’Alger (c’est-à-dire la ville et les régions qui en dépendaient) puis l’Algérie actuelle. Ainsi, l’origine du nom actuel d’Alger est bien arabe. Nous admettons que l’explication de la signification par le nom de Ziri est bien séduisante, mais la linguistique et l’histoire s’y opposent.

Mohand-Akli Haddadou.
Professeur de linguistique berbère,
écrivain, Université de Tizi Ouzou

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Proposé par Karim Hadji
 

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